Laissé en liberté le 31 décembre dernier, contre l'avis du parquet de Périgueux et du juge d'instruction qui venait de le mettre en examen pour violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner, Paulo Rodrigues Alves a été incarcéré jeudi soir à la maison d'arrêt de Gradignan, en Gironde. La chambre de l'instruction de la cour d'appel de Bordeaux a infirmé l'ordonnance rendue il y a dix jours par Gérard Charollois, le juge de la liberté et de la détention du tribunal de Périgueux. Cette décision, abondamment commentée à l'échelon national, avait déchaîné l'ire des associations féministes.
Un couple en souffrance
Sylvie Sudri, une informaticienne de 49 ans, est morte des suites des coups assenés par son compagnon, conducteur de travaux dans une société girondine. Le 28 décembre au soir, le couple, qui ne s'entendait plus, s'était disputé dans sa résidence secondaire de Chancelade, en Dordogne, où il était venu passer les fêtes de fin d'année avec ses deux fillettes, âgées de 7 et 5 ans.
Paulo Rodrigues Alves a expliqué que depuis plusieurs mois il se sentait humilié par sa compagne. Ce soir-là, il aurait mal pris le fait qu'elle lui reproche de s'être endormi dans le lit de sa fille. Le ton a monté. Après en être venus aux mains, ils ont perdu l'équilibre. Il s'est alors retrouvé à califourchon sur elle et l'a violemment frappé au visage. Sa tête a heurté le sol. « Je voulais qu'elle cesse de crier », avouera-t-il plus tard aux enquêteurs. Victime d'un traumatisme crânien, Sylvie Sudri est morte d'une hémorragie bien qu'il ait immédiatement appelé les secours à la vue du sang.
Article 144
Ignoré par certains juges, l'article 144 du Code de procédure pénale stipule que la liberté est la règle, la détention provisoire l'exception. En matière criminelle, celle-ci ne peut être ordonnée que si elle constitue l'unique moyen de conserver des preuves ou des indices matériels, d'empêcher une pression sur les témoins ou les victimes, de protéger la personne mise en examen ou de mettre fin au trouble exceptionnel et persistant à l'ordre public provoqué par la gravité de l'infraction.
« Aucune des exigences n'était remplie, a plaidé hier Me Dominique Bertran, l'avocat de Paulo Rodrigues Alves. Il faut juger en droit et non en émotion. » Sans antécédent judiciaire, n'ayant pas la réputation d'être un homme agressif, son client a reconnu sans réticence l'intégralité des faits, qui n'ont eu aucun spectateur. « Il a pleinement conscience du caractère tragique de l'acte commis », avait relevé le juge de la liberté et de la détention dans son ordonnance après avoir observé que le risque de récidive était quasi inexistant.
« C'est une décision choquante, s'indigne au nom du ministère public l'avocat général, Pierre Nalbert. Comment peut-on dire que la mort de cette femme décédée dans des conditions lamentables à la suite de violences qui auraient pu être évitées, ne constitue pas un trouble majeur à l'ordre public ? À un moment où se multiplient les campagnes qui dénoncent ces violences intrafamiliales innombrables, la justice doit prendre sa part dans la réaction sociale. » Et placer l'agresseur présumé derrière les barreaux même si d'aucuns peuvent qualifier cette mesure de préjugement.
Pour ce qui est de la détention provisoire, le trouble exceptionnel et persistant à l'ordre public ne peut être invoqué qu'en matière criminelle. « Mais où est-il ? » s'est exclamé jeudi Me Dominique Bertran.
Dévasté par son geste, Paulo Rodrigues Alves se terrait depuis le drame dans son logement bordelais. En larmes à la barre, il se confond en excuses. Notamment vis-à-vis de sa mère, qui lui avait appris le respect des valeurs familiales. « Une famille, même si ce n'est pas parfait, cela a le mérite d'exister. » Il a détruit la sienne, et pour ce quadragénaire qui veut récupérer pour les élever « ses trésors », ses deux filles aujourd'hui placées chez leurs grands-parents, le chemin sera long.
http://www.sudouest.fr/2013/01/11/la-liberte-aura-ete-ephemere-930719-7.php
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire